L’audioguide fait de la résistance dans les musées

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"L’audioguide fait de la résistance dans les musées"

 

Le Journal des Arts du 16 Février s'intéresse à la dernière étude de notre observatoire des publics.

par Margot Boutges

Le Journal des Arts n°495 du 16 février 2018

Une étude menée par une société de conception d’audioguides met en évidence l’usage toujours aussi important de ces appareils d’aide à la visite d’exposition face aux autres dispositifs de médiation.

France. L’audioguide, qui a fait son entrée dans les institutions muséales dans les années 1980, s’est peu à peu imposé comme un standard des offres de médiation : il est aujourd’hui rare que ce dispositif, délivrant des commentaires dans un casque, ne soit pas proposé comme accompagnateur de visite dans les musées et monuments qui reçoivent une fréquentation importante.

En 2016, la société Audiovisit, qui conçoit et commercialise des audioguides (classiques ou dotés d’écran) ainsi que des applications de visite téléchargeables sur smartphone, lançait son « observatoire des publics ». Créée en 2002, Audiovisit réalisait jusqu’alors sans véritable méthodologie scientifique des études de public pour évaluer les usages de ces dispositifs embarqués ; l’entreprise a voulu professionnaliser cette pratique afin de s’imposer comme conseil en médiation culturelle auprès des institutions. En 2017, l’observatoire, qui s’est adjoint depuis quelques années les services en tant que consultante de la docteure en muséologie et chercheuse indépendante Gaëlle Lesaffre, a réalisé une étude sur « Les représentations et pratiques de l’audioguide chez les visiteurs de musées et monuments ». Objectif avoué : identifier les motivations et les freins à l’utilisation de l’audioguide. « Il s’agissait de venir conforter ou infirmer des a-priori », explique Guillaume Ducongé, directeur d’Audiovisit, qui a accepté de transmettre au Journal des Arts certains de ses résultats, mais qui ne souhaite pas rendre cette étude publique pour l’instant.

 

57 % des visiteurs sont des utilisateurs réguliers

Cette étude se fonde sur un panel de personnes âgées de 18 à 85 ans fourni par l’institut de sondage GECE, panel parmi lequel ont été sélectionnés 509 individus ayant visité un musée ou un monument dans les trente-six derniers mois (dans les douze derniers pour la majorité des personnes interrogées). Ceux-ci ont rempli un questionnaire en ligne. Un système autodéclaratif qui peut fausser un peu les résultats, car il n’est pas toujours aisé de chiffrer ses propres pratiques.

Parmi ces visiteurs de musées, 32 % déclarent prendre l’audioguide « à chaque visite ou une fois sur deux ». Et 43 % disent ne l’utiliser jamais ou rarement. 25 % s’en équipent occasionnellement (entre une fois sur trois et une fois sur cinq), ce qui laisse penser que l’audioguide oppose principalement des fans invétérés et des personnes qui y sont foncièrement réticentes.

Quel est le profil des utilisateurs les plus assidus de cet outil ? La courbe d’utilisation de l’audioguide suit d’assez près celle de l’âge. Les personnes âgées de plus de 70 ans déclarent à 46 % se munir systématiquement ou presque de ce guide en boîte, tandis qu’ils ne sont que 23 % chez les 36-49 ans et 20 % chez les plus jeunes (18-26 ans). Les accros à l’audioguide ont également tendance à être plus majoritairement diplômés (50 % d’entre eux ont un niveau de formation équivalent ou supérieur à bac +3).

 

Motivations et freins à la prise de l’audioguide

Quelles sont les principales motivations à utiliser ce dispositif ? Les partisans de l’audioguide recherchent avant tout une meilleure compréhension du lieu et/ou de ses œuvres (65 %). 53 % trouvent dans l’audioguide un instrument les aidant à se concentrer lors de leur visite. 47 % cherchent à éviter d’avoir à (trop) lire les textes de salle (lesquels ne sont pas toujours accessibles dans une position confortable). Et 45 % souhaitent ne rien « manquer d’essentiel » à la visite.

Pour les non-utilisateurs d’audioguides, c’est avant tout le prix qui est invoqué comme frein : 59 % déclarent ne pas utiliser ce dispositif pour des raisons financières. Rares sont les institutions à offrir l’audioguide, dans une logique de recettes, ou à l’intégrer dans le ticket d’entrée. Et même quand c’est le cas, « le taux de prise de l’audioguide n’est jamais de 100 % plutôt de 70 % », commente Guillaume Ducongé. Ce dernier évoque ainsi certains cas particuliers comme celui du domaine de Versailles, où l’audioguide est compris d’office dans l’(onéreux) billet d’entrée mais où les visiteurs ne sont malgré cela que 55 % à s’en saisir, reculant devant « la file d’attente la plus longue » dans ce lieu ultra-fréquenté. Mais le prix n’est pas le seul frein : ceux qui n’utilisent jamais l’audioguide citent à 43 % la crainte de l’isolement qui pourrait découler de son utilisation (précisons ici qu’ils sont 36 % à venir accompagnés d’enfants âgés de moins de 15 ans, qui nécessitent de l’attention), à égalité avec leur préférence pour la lecture des textes de salle (43 %). Ils sont également 33 % à craindre que l’audioguide ne contraigne leur liberté de visiteur à circuler comme ils le souhaitent.

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DES OFFRES QUI SE CUMULENT SANS S'ANNULER

Applications de visite. Une utilisation assidue de l’audioguide empêche-t-elle la pratique d’autres offres de médiation ? Nullement, à en croire l’étude menée par la société Audiovisit, car les accros de l’audioguide sont également ceux qui usent le plus des autres des propositions pédagogiques. 80 % consultent aussi « toujours » les panneaux de salle (contre 48 % chez les non-utilisateurs d’audioguides) ; 74 % regardent systématiquement les cartels (contre 48 % chez les non-utilisateurs d’audioguides) et 35 % visionnent les films diffusés dans les salles d’exposition (contre 22 % chez les non-utilisateurs). Ils sont aussi ceux qui participent le plus aux visites guidées et qui utilisent le plus les applications de visite téléchargeables sur smartphone. Applications dont l’usage, en dépit de la communication importante dont elles font l’objet, reste beaucoup moins répandu que celui des audioguides (65 % de l’ensemble des interrogés disent ne les avoir « jamais » essayées et 20 % s’en servent « rarement »). Ce qui contredit l’idée que les offres de médiation les plus technologiques viennent se substituer aux médiations les plus traditionnelles.

ABOUT THE AUTHOR: Guillaume Ducongé

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